On dit qu’il faut donner une chance aux stagiaires

Il m’a fallu quatre mois pour m’en remettre (car cette histoire a pris fin au mois de juin). Il n’y a encore pas si longtemps, à la simple évocation de mon stagiaire, je me mettais à courir frénétiquement en tous sens à la recherche d’un objet contondant : critérium, stylo plume, ciseaux, cutters, coupe-choux, n’importe quoi pourvu que ça impressionne suffisamment ce nabot pour qu’il ferme sa grande gueule de stagiaire.

Je distingue deux types de stagiaires. Il y a ceux qui font de mauvaise fortune bon cœur et se disent que le stage est une étape incontournable. Ils le considèrent avant tout comme une opportunité à saisir, la chance de faire ses preuves et d’apprendre un métier. Et puis il y a ceux qui n’assument pas leur condition de stagiaire. Ils sont convaincus qu’ils valent mieux que ça et aussi d’en savoir plus que toi. Ceux là sont les pires : les moins efficaces mais surtout les plus DANGEREUX. Mon stagiaire faisait partie de cette dernière catégorie et plus d’une fois j’ai remercié le ciel qu’il n’ait pas plutôt choisi de faire chirurgie.

Mon stagiaire était un con. Appelons-le Régis pour simplifier (qu’on se le dise je n’ai absolument rien contre les Régis, c’est juste que je ne partage pas les goûts de leurs parents). Régis a 27 ans, pas d’emploi et une passion pour l’art contemporain. Il parle couramment l’anglais, sait parfaitement se servir d’un PC, d’un MAC, de Photoshop et de tout un tas de software super compliqués. Le traditionnel stagiaire surqualifié me direz-vous. Que nenni.

Régis n’a pas de but précis dans la vie. Il va juste là où il se dit que potentiellement y a du fric à se faire. Cependant, dès l’instant où il a mis le pied dans mon bureau Régis s’est enfin fixé un objectif : celui de me pourrir la vie. Non il ne sera pas un stagiaire comme les autres, il sera mieux que ça : un stagiaire aspirant directeur, avec des responsabilités et tout. Donc Régis prend des initiatives : il se fait imprimer des cartes de visite à son nom sans demander à personne, signe des devis, répond à des demandes de stage. Il valide des propositions graphiques, prend et refuse des rendez-vous avec mes prestataires et bien d’autres encore. Mais ce n’est pas tout. Sans que je m’en aperçoive, voilà que Régis – déjà totalement ingérable – commence aussi à se foutre ouvertement de ma gueule : « envoie moi ça, ça fait déjà deux heures que j’attends » qu’y m’dit, ou bien « j’avais vu cette faute d’orthographe dans ton texte mais j’te l’ai pas dit parce que c’est toi la boss. Maintenant qu’il est imprimé à 10 000 exemplaires, ça te servira de leçon pour les prochaines fois ». Non mais oh.

Comme si ça ne suffisait pas qu’il soit insolent et inefficace, voilà qu’il se met à être méchant maintenant. Bien évidemment, à chaque occasion, je ne me suis pas privée de lui faire bouffer ses cartes de visites (il fallait bien qu’elles servent à quelque chose). Et puis un beau jour, après 5 mois de mauvais et déloyaux services, la goutte a fait déborder le vase  et j’ai sommé Régis de prendre la porte sur le champ (ce à quoi il a répondu « non ! c’est moi qui m’en vais » parce que Régis a toujours eu besoin d’avoir le dernier mot). Et il s’en est enfin allé, nerveusement (on aurait dit un gremlins auquel on aurait donné à manger après minuit au bord d’une piscine).

Cette expérience me laisse encore aujourd’hui perplexe. A aucun moment Régis ne m’a donné l’occasion de lui apprendre quelque chose. Et le plus injuste c’est que, pour sûr, Régis parviendra à trouver un autre stage ou même un emploi, alors que moi, jamais NON JAMAIS je ne veux avoir de nouveau un stagiaire.
Engagez-les, rengagez-les qu’y disaient…

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