On dit qu’un de perdu, dix de retrouvés
Je l’aimais tellement. Quand j’ai pris conscience que plus jamais il ne serait à mes côtés, j’ai échappé un long sanglot. J’ai repensé avec émotion à tous ces bons moments que nous avions partagés depuis 6 ans, à nos vacances, à nos week-ends à l’étranger, à nos dîners entre amis, à tous ces souvenirs qu’il m’aura laissé. Il faut que je me fasse une raison, jamais plus je ne le reverrai.
Et appeler ne servira à rien.
C’est bien connu… le bureau des objets trouvés ne répond jamais.
Bien calée dans mon fauteuil du vol Ryanair FR6845, je regarde une dernière fois les photos de notre week-end à Barcelone. Mais comme d’habitude, dans un avion, d’autant plus dans un vol low-cost, je suis sans arrêt parasitée par ce qui se passe autour de moi. Entre les annonces intempestives du pilote dans des langues que je ne reconnais pas, l’hôtesse qui fait semblant de gonfler son gilet de sauvetage et la vente des billets de tombola, impossible de me concentrer sur les photos. Je pose l’appareil sur mes genoux et, pour ignorer toute tentative de la compagnie de me faire acheter la panoplie du parfait voyageur Ryanair, je chausse mes écouteurs et ferme les yeux.
Une heure et trente-deux minutes plus tard, une hôtesse, avenante comme une porte de toilettes à la turque, me tape sur l’épaule : l’avion amorce sa descente, elle a encore deux portes opposées à vérifier et un toboggan à désarmer donc ce serait bien que je me dépêche de relever ma tablette et de couper ma musique. Je reconnais ne pas avoir payé ce vol bien cher mais est-ce une raison suffisante pour être réveillée de la sorte. J’ai cru lui avoir jeté un regard de défi qui voulait clairement dire « enlève ta main d’mon Ipod connasse » mais Giacomo m’a avoué que j’avais plutôt eu l’air de lui dire « j’vous en suppliiiiie, c’est le meilleur passage, celui quand Thom Yorke entonne ‘nice dreaaaam’ de sa voix suave et profonde », la bave aux lèvres et l’œil qui brille. Apparemment Giacomo a vu plus juste que moi car j’ai bien dû éteindre ma musique sur le champ (pis à y réfléchir, j’ai bien fait car si l’avion s’était écrasé ç’aurait encore été de ma faute) (j’aurais probablement culpabilisé et ne me le serait jamais pardonné).
Dans l’état de somnolence dans lequel je me trouve alors, je range à la va-vite mes affaires dans mon sac. L’éclair de lucidité ne m’est venu qu’une fois dans le bus me ramenant à la maison. L’appareil photo est resté dans l’avion. Evidemment, les prix des compagnies low cost sont intéressants seulement si on est sûr de ne pas oublier un appareil numérique Canon de super bonne qualité à bord. Maintenant, ils disent que c’est pas leur rôle de chercher les objets perdus dans les avions, que leurs hôtesses sont pas payées pour ça (tout comme elles doivent pas être payées pour être sympa) (peut-être qu’elles sont juste payées pour vérifier la porte opposée) (à moins qu’elles soient pas payées du tout).
Maintenant que j’ai définitivement tiré un trait sur mon appareil photo, j’aime à penser qu’il s’est peut être glissé dans un endroit où personne ne l’a encore trouvé et qu’il fait le tour du monde (si tant est qu’un avion Ryanair soit en mesure de le faire). Et en attendant, j’attends les 10 appareils photos que tout le monde semble me promettre (des reflex tant qu’à faire merci).
Pour l’instant je ne trouve que des épingles, goddamnit.
octobre 25th, 2011 at 01:07
Chère Roberta, merci pour ce texte. Je viens pour la premiere fois sur ce blog, et ce ne sera pas la dernière! Je ne sais pas si tu as déjà retrouvé les 10 qui vont remplacer celui que tu aimais tellement, mais tu en as au moins 1 candidat ( moi s’il faut qu’on le précise!).
octobre 26th, 2011 at 22:24
Cher Zeouane,
tout dépend.
sais-tu faire des photos?